Août 1914 : les disparus de la « Chartreuse »

Les disparus de la « Chartreuse »

Affiche du 3 septembre 1914.
Source: Bibliotheca-Andana, coll. Ville d’Andenne

La caserne de la Chartreuse à Liège, hier et aujourd’hui.
Source: coll. privée

La liste « officielle » des victimes andennaises dressée après-guerre par Henry de Saint-Omer relève l’identité de 18 personnes disparues depuis le mois d’août 1914 et dont on était toujours sans nouvelle en 1919. Or, au lendemain des journées sanglantes des 20 et 21 août 1914, il s’avère que le nombre de disparus était bien plus important, jetant les familles andennaises concernées dans un total désarroi. En effet, parmi les hommes qui réussirent à se cacher dans les bois entourant la commune, nombreux étaient ceux qui ne donnaient plus aucun signe de vie. Avaient-ils eux aussi été passés par les armes ?

La déposition d’Ernest Oger figurant dans les archives conservées par le chanoine Jean Schmitz à l’Evêché de Namur permet enfin, cent ans plus tard, de faire la lumière sur certaines disparitions d’août 1914. Ernest Oger raconte comment le soir du 20 août, après un trajet apocalyptique le menant d’Andenne à Landenne-sur-Meuse, il retrouva, rassemblées dans l’église du village, 44 personnes qui devinrent ses compagnons d’infortune pendant presque un mois.

Après un long périple à pied, ces personnes furent conduites à la gare d’Amay pour être transférées à la caserne de la Chartreuse à Liège transformée en centre de rassemblement de prisonniers. L’affiche du 3 septembre 1914 du collège échevinal informant les habitants « que plus de 100 bourgeois d’Andenne et environs  étaient toujours détenus » n’était pas de nature à rassurer les familles angoissées qui comptaient un membre disparu.  Ces Andennais demeurèrent à Liège sans pouvoir communiquer avec leur famille avant le 9 septembre pour heureusement rentrer chez eux par petits groupes à partir du 15 septembre. Si des disparus d’août 1914 étaient miraculeusement réapparus, l’espoir d’en retrouver d’autres renaissait. L’histoire des « disparus de la Chartreuse » permet dès lors de mieux comprendre la requête adressée le 15 août 1915, probablement au directeur de l’école Ste-Begge, afin qu’il intercède auprès des autorités allemandes pour permettre aux familles de connaître le sort de « leurs chers disparus » d’août 1914 d’autant que l’information de la présence d’une cinquantaine de citoyens andennais au camp de Munster leur était entre-temps parvenue.

Le 20 juin 1920, « un groupe de familles éprouvées » relançait le débat en sollicitant de l’administration communale qu’elle exhume les corps du cimetière des fusillés pour connaître une fois pour toutes le nombre exact de suppliciés enterrés dans les deux fosses communes. De fait, six ans après les faits, des informations les plus contradictoires circulaient toujours sur le sort de ces disparus, et les familles préféraient se persuader qu’ils avaient été déportés en Allemagne et non fusillés. L’administration communale ne fut jamais en mesure de répondre favorablement à cette demande. Exsangue financièrement, la commune martyre ne pouvait se permettre une telle opération, matériellement difficile et psychologiquement très délicate, compte tenu de l’état très avancé de décomposition des corps des victimes qui, faut-il le rappeler, avaient subi les pires outrages en août 1914.

Cent ans après ces tragiques événements, une zone d’ombre subsiste sur le sort de ces disparus. Mais le travail de prospection réalisé dans le cadre de cette commémoration a malgré tout permis de retrouver la trace d’une personne toujours signalée en 2014 comme « disparue ». Mariée à Andenne en 1924 et décédée le 15 novembre 1937, décorée de la Croix de Guerre et de la décoration militaire de 2e classe, cette personne était partie en Chine après la guerre. Ses petits enfants vivent toujours à Andenne.

 

Déposition d’Ernest Oger.
Source: A.E.N., Fonds Schmitz et Nieuwland

Lettre de familles andennaises au directeur de l’école Ste-Begge, 15 août 1915.
Source: A.E.N., Fonds Schmitz et Nieuwland

Lettre adressée au bourgmestre d’Andenne réclamant l’exhumation des corps au «cimetière des fusillés», 20 juin 1920.
Source: Bibliotheca-Andana, coll. Ville d’Andenne