MAN HAT GESCHOSSEN ! (On a tiré !)

Le Mythe des Francs-Tireurs

Ce dessin réaliste de l’« Illustrierte Zeitung »
popularise la légende des francs-tireurs belges.

L’accusation a claqué comme un leitmotiv sanglant dans des dizaines de localités belges traversées par les armées allemandes dans leur course vers la France. Pour plusieurs milliers de personnes, elle a été synonyme d’arrêt de mort. Pour les envahisseurs, « Man hat geschossen » signifiait que ceux qui avaient ouvert le feu étaient des civils, des « Franktireurs » (francs-tireurs), des combattants irréguliers, coupables d’avoir agi par traîtrise et de s’être livrés à d’horribles sévices contre les soldats allemands.

« Le franc-tireur inverse l’image que le militaire allemand a de lui-même : un adepte d’un combat au grand jour conduit par une armée nationale encadrée d’officiers professionnels. Le franc-tireur, au contraire, est décrit comme déloyal, pratiquant la ruse, le déguisement, le secret, qui en outre, commet des atrocités et des cruautés ». Selon un soldat allemand ayant combattu près d’Andenne : « Nos patrouilles de cavalerie avons-nous entendu, sont prises sans cesse à partie dans les villages. Plusieurs pauvres types y ont déjà perdu la vie. Honteux ! Une balle honnête dans une bataille honnête oui ! Ainsi on verse son sang pour la patrie. Mais être abattu dans une embuscade, depuis la fenêtre d’une maison, le fusil à barillet caché derrière un pot de fleurs, non, ce n’est pas une mort digne d’un soldat ».

Pour Horne et Kramer, auteurs de l’ouvrage Les Atrocités allemandes, cette fausse croyance en la présence de francs-tireurs sur le territoire belge n’est pas née spontanément en août 1914. « Elle a dû préexister comme une forte présomption dans la pensée d’avant-guerre de l’armée allemande ». Les Allemands se réfèrent en effet à la guerre franco-prussienne de 1870-1871 lors de laquelle les armées de Guillaume Ier ont été harcelées par des unités irrégulières qu’elles ont baptisées « francs-tireurs ». Si leur intrusion dans les combats n’a pas empêché la victoire prussienne, elle a fortement marqué la conscience collective militaire de l’Allemagne.

Dans les semaines qui ont précédé l’invasion de la Belgique, les stratèges de Berlin n’ont pas manqué d’inculquer cette hantise de la « Franktireurkrieg » (la guerre des francs-tireurs) à leurs miliciens.

 

Déposition relative aux événements de Seilles

A.E.N., Fonds Schmitz et Nieuwland